La fête des morts mexicaine à Montreuil, du rire aux larmes

Flyer Dia de muertosDu 31 octobre au 2 novembre, le collectif Citoyen pour la Paix au Mexique célèbre la traditionnelle fête des morts dans une petite salle à Montreuil. Cette célébration est connue pour son côté festif et joyeux, mais avec les milliers de morts tués au Mexique par la « guerre » entre le gouvernement et les cartels, elle devient un rassemblement politique et militant.

Une jeune femme allume les bougies qui sont disposées dans chaque coin de l’autel dédiés aux morts. Elle porte une robe traditionnelle mexicaine, ornée de fleurs colorées et brodées sur un tissu blanc. La lumière des cierges éclaire les photos de défunts, souvent de jeunes adultes, autour desquelles des amis ou des membres de leur famille ont déposé des objets et de la nourriture en guise d’offrandes. Des bouteilles de tequila côtoient des bananes, un portrait de Zapata, des poèmes, des zempaxuchitl, fleurs oranges en papier,  et des calaveras en sucre, têtes de morts souriantes, peintes avec des motifs aux couleurs vives. Des croix roses pastels sont suspendues de chaque côté de l’autel. Sur ces croix, des inscriptions en français et espagnol au marqueur noir : « Bastante de sangre ! », « Assez de sang ! ».

En face, l’autel pour enfants  décoré de tétines, de jouets et de petits squelettes mobiles en carton. Au-dessus, une image contraste avec les couleurs joyeuses des ornements : les photos de quarante-neuf enfants tués lors de l’incendie d’une garderie à Hermosillo, au nord du Mexique, en juin 2009. La population soupçonne des hauts fonctionnaires proches du gouvernement d’avoir négligé la sécurité du bâtiment, mais ils ont été mis hors de cause.

Ce lundi après-midi, la fête des morts n’est pas aussi festive que d’habitude. Le Collectif pour la Paix au Mexique a décidé de célébrer la mémoire de plus de 50 000 victimes des confrontations entre le gouvernement et les cartels, qui sévissent depuis quatre ans. Ils accusent le gouvernement de Felipe Calderon de tuer plus d’innocents que de narcotrafiquants, au lieu d’assurer la sécurité du peuple mexicain.

Parmi les guirlandes colorées accrochées au plafond et l’odeur des burritos, des hommes et des femmes discutent en espagnol. Certains ont les larmes aux yeux. Ils ont sans doute perdu un ami, un enfant ou un membre de leur famille. « Chaque mexicain a connu quelqu’un de proche ou moins proche qui a été tué par les cartels ou les militaires ! » s’exclame un vieil homme. Une femme acquiesce : « Normalement, la fête des morts est beaucoup plus festive, mais ce n’est plus l’heure de la fête quand autant de jeunes sont assassinés. »

Les lumières s’éteignent et un documentaire vidéo est diffusé. Des manifestations, des personnes qui hurlent leur douleur. « Le gouvernement  a dit « Il faut sacrifier quelque chose ». Je ne pensais pas qu’il allait sacrifier mes trois fils !   crie une mère devant une assemblée. Ugo, Miguel, Jorge, reposez en paix. » Une femme sanglote dans la petite salle de Montreuil. Le documentaire se poursuit, un homme parle à la caméra : «  A Chihuahua, il y avait près de 500 morts par an avant 2007, tués par les cartels. Ce qui est déjà énorme. Depuis la « guerre » lancée par le gouvernement, il y a eu plus de 5000 morts en quatre ans. Basta !»

La vidéo est terminée. Tout le monde applaudit. Un mariachi accorde sa guitare devant un portrait de Frida Kahlo, puis il commence à chanter des chansons traditionnelles. Des mexicaines distribuent des petits gâteaux, certaines personnes boivent de la tequila. La fête continue.

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