Découvrir l’histoire de Berlin à travers ses murs

Berlin Mauer Park

Avril 2011. 11h devant le Starbucks de la tour de télévision, immense édifice peu esthétique  qui semble surgir d’un film de science-fiction. C’est ici que l’on retrouve Lana, jeune guide pour le « Free Alternative Tour » de Berlin. Cette visite du Berlin apparemment « insolite » est gratuite et en anglais, moyennant quelques pièces de monnaies en guise de pourboire. Lana est Irlandaise, originaire de Cork, et passionnée de Street Art. Après avoir vécu deux ans à Paris, elle est partie s’exiler dans la capitale allemande qu’elle ne peut plus quitter depuis 3 ans : « Je me sens libre ici, que ce soit dans la vie quotidienne ou dans la création artistique». Quand quelqu’un m’avait parlé de cette visite, je pensais avoir affaire à une association de passionnés qui allait nous faire découvrir le vrai Berlin « underground ». En interrogeant Lana, elle me précise bien qu’il s’agit d’une entreprise qui propose plusieurs tours « alternatifs » pour les jeunes touristes. Celui-ci est le seul tour gratuit, dure un peu plus de trois heures et les guides sont bénévoles. Cela est un peu décevant lorsque l’on cherche à découvrir les lieux vraiment « alternatifs ». En y réfléchissant bien, quels lieux dits « alternatifs » seraient ouverts aux groupes de touristes ? J’ai alors considéré ce « Free Alternative Tour »  comme une première étape pour découvrir à quel point les murs de Berlin sont un support pour découvrir l’histoire et l’effervescence de cette ville passionnante, désormais sous l’emprise des investisseurs.

Le mur comme support de protestation et de créativité

La visite est d’abord axée sur le Street Art et les squats artistiques. Certes, Berlin est connue pour son Street art mais ce tour me permet d’y porter plus d’attention et c’est avec joie que je redécouvre la capitale allemande sous un autre angle. De Little Lucy qui assassine son chat aux célèbres « 1UP », c’est une deuxième dimension que l’on entrevoit sur les murs laissés à l’abandon. De vraies œuvres d’art sous nos yeux, que l’on voit mais qu’on ne pense pas forcément regarder. De Mitte à Kreuzberg, Lana nous emmène dans des lieux connus ou inconnus, sans oublier de nous raconter l’histoire de chaque bâtiment et de certains graffeurs. Un pan de mur évoque la chute de l’Union Soviétique et l’arrivée du capitalisme, avec ses banques et ses billets de dollars. Un autre proteste contre le fichage des citoyens, une empreinte digitale dessinée à la place du visage, tandis qu’un magnifique trompe-l’œil orne un immeuble de Kotbüsser Tor. Les Berlinois savent s’approprier la ville à travers chaque parcelle de mur, de poteaux ou de lieux abandonnés.

La fermeture du Tacheles est-elle la fin du Berlin dit « alternatif » ?

Une étape de la visite passe par la Oranienburger Strasse, là où l’on trouve le fameux « squat artistique » du Tacheles, installé dans un vieux bâtiment en ruine depuis février 1990. Six mois après l’avoir visité, je découvre avec stupeur que la moitié des galeries ont disparues et que le Café Zapata a fermé ses portes. Lana nous explique que le lieu n’existera plus en 2012. Devenu un repère de touristes, les Berlinois ne le considérait plus vraiment comme un lieu exceptionnel à conserver. Par contre, ce qui peut provoquer un certain mécontentement est la raison de cette fermeture : l’immeuble a été racheté des millions par un investisseur anonyme. « On ne peut rien faire contre l’argent », me dit Lana. Elle espère qu’ils vont au moins conserver la structure de l’immeuble, construit dans les années 1920. Berlin deviendrait donc moins sexy et moins pauvre ? Sans doute. La ville attire de plus en plus les investisseurs et les touristes :  « Capitale encore bon marché, Berlin fait le bonheur des investisseurs, écrit Frédéric Lemaître dans Le Monde daté du 28 mars 2011, le Tacheles cédera vraisemblablement la place à des galeries marchandes ou à un hôtel de luxe. Le même sort attend sa voisine[…]la réputée galerie de photos C/O qui a juste obtenu un délai de quelques mois avant de voir l’immeuble qu’elle loue, l’ancienne poste centrale de Berlin, transformé de fond en comble par l’investisseur israélien qui l’a acquis. » A Kreuzberg, le squat artistique du Bethanien survit mieux à cette emprise. Peut-être parce qu’il ferme justement ses portes aux groupes de touristes ?

Le projet Media Spree, ou la défiguration des rives du fleuve.
Maria am ostbahnof projet media spree par Marine Leduc

Au final, la fermeture du Tacheles ne préoccupe pas tant que ça les Berlinois. Ce qui fait surtout couler beaucoup d’encre dans les journaux a un nom qui sonne froidement : « le projet Media Spree ». Cette initiative rassemble plusieurs investisseurs et des entreprises de communication qui souhaitent construire des immeubles et des bureaux tout le long de la Spree, sans prendre en compte les populations ou les lieux alternatifs qui y sont installés. Bref, des immeubles standardisés et banals à l’image de Londres ou de Hambourg. La visite de termine au Yaam, bar-plage dans lequel se retrouvent les passionnés de reggae et de rythmes jamaïcains. C’est à partir de là que l’on voit l’ampleur du Media Spree : le Yaam subsiste, mais pour combien de temps ? Déjà, le fameux Bar 25 a fermé, puis c’est au tour de la célèbre boîte du film Berlin Calling, le Maria am Ostbahnof. Le lieu est entouré de grands immeubles sans intérêt, comme le massif O2 World. Tous ces endroits créés par les Berlinois – le Yaam, le Kiki Blofeld, le Kopi – vont-ils s’évanouir face aux investisseurs ? Les prix des loyers commencent à flamber, les quartiers deviennent de plus en plus aseptisés. « Berlin deviendra une ville comme les autres ! s’exclame une Berlinoise, il faut encore en profiter avant qu’elle ne devienne une capitale économique où règne le marché de l’immobilier. Ce sera alors au tour de villes de l’Est de devenir des lieux d’effervescence artistique. »

Dans tous les cas, la meilleure façon de découvrir le vrai Berlin des Berlinois n’est pas compliquée lorsque l’on sait bien s’y prendre et que l’on admette que cela reste éphémère. Un labyrinthe psychédélique dans une maison abandonnée, des fêtes « secrètes » organisées dans des lieux insolites, des repas pour deux euros…Berlin regorge d’une multitude d’endroits de ce genre si l’on sait garder un œil ouvert et curieux.

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