Vous allez rencontrer David Bowie à Prenzlauer Berg

Berlin_Mauer park lomo

Un peu de fiction..ou presque.

Vous arrivez à Eberswalder Strasse. A moins que ce ne soit Kastanienallee. Ou Oderberger Strasse peut-être. Bref, dirigez vous vers le nord, puis tout droit. Voilà, vous y êtes. Mauerpark. Il est 12h57. Sans doute préféreriez-vous 13h18. C’est un dimanche ensoleillé. Oui, ce sera forcément un dimanche ensoleillé. Début octobre, cela peut encore fonctionner.

Suivez la foule.

Passez devant les multitudes de vélos à vendre, de toutes les couleurs, de tous les klaxons, zigzaguez parmi les stands de vieux vinyles – tiens The Seeds !- les sacs en cuirs, les pins’s vintage de l’époque communiste, puis un stand d’Eco-porn, le slogan « Earth is sexy » et la nénette quasi-nue, tatouée jusqu’aux os, qui vous accueille avec un sublime sourire piercé. Tiens, une funambule sur la droite, un groupe de blues-psyché-funk quelques mètres plus loin – et zim zbam ritatat zoum ! – puis une mère qui mange un wrap bio végétarien (parce que c’est mieux) tout en guidant une poussette avec sa main pleine de sauce.

Arrêtez-vous.

Observez l’herbe et le tas d’humains à perte de vue. Tournez sur vous-même et humez l’air électronico-zen du Berlin Multi Kulti: à 90° vers la gauche, une partie du mur devenue zone d’art urbain pour des graffeurs affairés. A 240°, le marché aux puces se dévoile sous ses toits en jute, tôles et ficelles délurées. Prenez un encas à l’entrée, il y en a pour tous les goûts : à l’allemande avec saucisse et flammenküche, à l’écolo avec salade au tofu et soja. Puis asseyez-vous tranquillement sur l’herbe et dégustez votre repas de guerrier au son du didgeridoo de Friedrich, ou Maximilian. Non, Jan, ça lui va bien.

Il est 15h00.

Il est nécessairement 15h00 car vous vous apercevez qu’une pancarte plantée en plein milieu affiche « Event at 3 p.m »* et qu’une chose étrange se déroule dans les parages. La lumière vacillante du soleil vous éblouit et des masses informes se meuvent brusquement autour de vous. Un son, un son indescriptible parvient à vos oreilles, de la musique, des cris de joie, des applaudissements d’une vigueur incroyable ! Que peut-il bien se passer ? (c’est obligatoirement la pensée dubitative qui vous taraude l’esprit). Vos yeux arrivent enfin à supporter le soleil et là vous voyez. Et vous jubilez, la bouche béante, laissant entrapercevoir vos magnifiques incisives. Non, ne regardez pas le match de basket en bas de la colline, mais cette masse immense de gens qui s’étend jusqu’en haut de la butte. Vous estimez environ cinq cents personnes, voire sept cents. Ils rient, ils applaudissent, ils huent autour d’une chose qui est invisible de votre coin d’herbe. C’est un vacarme rugissant. Pourquoi autant de monde ? Cela doit être un concert. Un groupe très connu sans nul doute. Cette masse gigantesque de gens s’accroît, se déploie, se déforme, devenant un monticule figé dont les bords sont formés de petits électrons qui se collent et se détachent.

Ni une ni deux, vous décidez de rejoindre ce rassemblement, même s’il vous faudra affronter ce tas difforme fait de pieds, de mains, et de tee-shirts 100% coton. Vous grimpez tout en haut de la colline et arrivez plein de sueur au niveau des électrons. Le son est de plus en plus audible d’ici. Vous reconnaissez Life On Mars – Sailors fighting on the dance hall, Oh man! Look at those cavemen go. It’s the freakiest show – Serait-ce Bowie ? Vous savez qu’il aime beaucoup Berlin, que la voix être très ressemblante et que c’est une ville imprévisible. Alors, vous plongez la tête la première vers le bas de la colline et réussissez à vous faufiler entre les bras, les jambes, recevez un coup de tête par-ci, un sac à main par-là, mais vous êtes obstiné, vous allez réussir à savoir ce qui se trame dans le coeur de cette créature tentaculaire. Le soleil s’écrase sur votre front, votre sueur se mêle à celle de la foule, surtout à celle de ce gros plein de soupe qui se frotte négligemment contre vous, bougeant son arrière-train sur le rythme assourdissant des acclamations. Vous tentez de sauter, espérant apercevoir un bout de cheveu du chanteur. Impossible, trop de boites crâniennes obstruent votre vue. Vous avancez petit à petit, à coup de « sorry » ou de « entschuldigung ». Vous y êtes presque ! Plus que deux rangées compressées à enjamber et vous allez pouvoir découvrir ce chanteur tant adulé par la population berlinoise. Mais la foule est trop compacte. Vous vous appuyez sur l’épaule de l’homme à votre gauche, puis sur celle de la femme à votre droite, n’évitant pas de griffer sa peau halée jusqu’au sang, et vous levez la tête avec douleur mais ardeur et les yeux grands ouverts, vous LE voyez, enfin ! L’idole ! Celui qui rend dingue les mangeurs de saucisses !

Un petit chinois se déhanche autour d’un micro bon marché, les yeux dirigés vers une minuscule télévision.

C’est un karaoké. En plein air.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s