Les jardins partagés à Paris : cultivons tomates et autres amitiés

Ecobox, Paris 2011

« Venez nous rejoindre pour faire grandir des légumes et des fleurs, mais aussi pour faire de nouvelles rencontres et découvertes. » Contrairement à ce que l’on pourrait croire, ce n’est pas une banale annonce que l’on pourrait lire dans le fin fond de la Bretagne. C’est en plein milieu de Paris, parmi le béton et le macadam. Un morceau de verdure parfois situé entre deux immeubles haussmanniens ou sur une aire abandonnée, parfois à la même hauteur que les toits de zinc et les cheminées rougeoyantes. Ces bouts de terre et de vert ne sont pas de simples jardins : ils sont appelés « jardins partagés » et cultiver est plus un prétexte. L’objectif est de rencontrer des voisins, boire un verre avec eux et même d’organiser des soirées.

Des endroits incongrus

Un ancien parking derrière les hauts HLM du XVIIIè arrondissement, au-dessus des rails provenant de la gare du Nord, où le bruit des trains résonne toutes les deux minutes. L’endroit peut paraître glauque, mais il a été transformé en un jardin aux milles couleurs. Bienvenue à Ecobox, l’un des jardins partagés les plus actifs de Paris. Inauguré en 2009, cela trois ans qu’une cinquantaine de voisins cultivent et partagent 1000 mètres carrés de parcelles et autres plantations. Des parcelles de légumes, des lits de fleurs et même une ruche tapissent le sol entre des murs décorés de graffitis. Le jardin a été créé par l’Atelier d’architecture autogérée, une plateforme collective « favorisant la participation des habitants à l’autogestion des espaces urbains délaissés » décrit le site officiel.

Cette plateforme a créé un autre jardin partagé en 2009, « le 56 rue Saint-Blaise » dans le XXè arrondissement, qui est situé entre deux immeubles anciens. Pour rentrer dans ce jardin partagé, les visiteurs doivent passer une grande porte sous une cabane en bois construite entre les deux bâtiments à la même hauteur que le premier étage. Derrière cette porte, un petit potager est divisé en parcelles que se partagent environ trente personnes. Martine, Elisabeth et Françoise sont les jardinières les plus actives au « 56 rue Saint Blaise ». Elles habitent le quartier. Toutes les trois viennent de la campagne et vivent à Paris depuis au moins 20 ans. « Je suis heureuse de revoir comment la nature fonctionne » admet Elisabeth « et aussi parce que cela a permis d’occuper un endroit qui était plein d’ordures. » Le jardin contient aussi des toilettes sèches, du compost, des poubelles pour sauver l’eau de pluie et même des panneaux solaires sur le toit de la cabane. « Nous sommes quasiment auto-suffisant » ajoute Martine.

Agriculture urbaine

Environ soixante jardins partagés sont éparpillés dans la capitale. Le mouvement a commencé dans les années 80 et la Mairie de Paris soutient désormais toute initiative pour créer des coins cultivables dans la ville et accroître la sensibilité des habitants sur les problèmes environnementaux. Pour être financés par la Mairie de Paris, les habitants doivent créer une association et respecter la « Charte Main Verte ». Cette Charte contient plusieurs règlementations qu’il faut respecter comme « le respect de l’environnement » et « la gestion écologique du jardin » (ne pas utiliser de produits chimiques par exemple) et « l’ouverture au public au moins deux fois par semaine.» Un tel jardin est confié à une association avec un accord de la Mairie pour un temps limité (un an renouvelable tous les 5 ans). Ecobox a signé un accord avec la SNCF qui possède le terrain abandonné. « Le jardin est éphémère » énonce Jérôme Woytasik, un employé de l’association Ecobox. « Les promoteurs immobiliers vont sans doute acheter l’endroit. La Mairie de Paris ne peut pas vraiment nous aider, mais vu que nous sommes très actifs, je ne pense pas que cela sera difficile de trouver un autre endroit. »

Les nombreuses initiatives et l’aide de la Mairie ont surpris Vincent Thibault, président de la toute nouvelle association Les jardiniers du ciel, créée en janvier 2012. « Jusqu’à l’année dernière, Paris était une ville sale et stressante pour moi » déclare-t-il, « mais mon point de vue a changé et j’ai découvert une autre facette de la ville. » Vincent veut développer des jardins partagés sur les toits. Selon lui, « Paris n’est pas une ville verte. C’est très dense, et si nous ne comptons pas le Bois de Boulogne et le Bois de Vincennes, il y a seulement 2,4 mètres carrés d’espaces verts par habitant, arbres inclus. Mais c’est dur de trouver des nouveaux espaces. »

La Mairie a déjà commencé a créer des jardins partagés sur les toits. A côté du « 56 rue Saint Blaise », les jardiniers sont les bienvenus sur le toit d’un immense gymnase dans le quartier des Vignoles. La jardin a été inauguré en septembre 2009 et possède 600 mètres carrés de parcelles cultivables. Contrairement à Ecobox et au « 56 rue Saint Blaise », c’est un jardin pour l’intégration sociale dans lequel les gens reclus de la société font pousser leur plantes. L’association La Fayette gère ce jardin et organise également des activités pour les enfants et les handicapés. « Les enfants nés à Paris ne savent pas comment la nature fonctionne, comment une plante grandit», dit Françoise Spuhler, la coordinatrice du jardin. « Notre but est d’accroître le savoir des gens sur les cycles de la nature. »

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Le toit du gymnase des Vignoles. Photo: Pierre Bohm

Des récoltes comestibles

Les jardins partagés de Paris ne produisent pas beaucoup. Le jardin du quartier des Vignoles est trop exposé au soleil tandis que le « 56 rue Saint Blaise » n’a pas assez de rayons de lumière et la terre est pauvre. Les habitants y font surtout pousser des fleurs comme les crocus et des dahlias, mais ils peuvent parfois obtenir de bonnes récoltes. « Les tomates poussent plutôt bien » précise Martine, « C’est expérimental. Je plante quelque chose pour voir si cela grandit. Le jardin n’a jamais été aussi beau que l’année dernière, en 2011. » Et même si les jardiniers en herbe ne récoltent pas beaucoup de légumes, ils peuvent toujours garder les graines. « Cela nous aident à être auto-suffisant parce qu’on peut le semer une nouvelle fois » explique Françoise Spuhler.

Il arrive parfois que certains mangent les légumes qu’ils ont récoltés. « Ce n’est pas recommandé » prévient Vincent Thibault. « Mais les habitants veulent déguster ce qu’ils ont réussi à obtenir. En général, ils organisent un repas ensemble. Le but des jardins partagés est avant tout le fait de tisser des liens. »

Réseaux sociaux

Avant tout, les jardins partagés est un moyen de rencontrer ses voisins. Les gens qui y sont inscrits ont des âges variables et proviennent de différentes classes sociales. Ils organisent également des activités et évènements ensemble. La cabane du « 56 rue Saint Blaise » est utilisée pour des réunions mais « surtout pour boire un thé et discuter lorsqu’il pleut dehors » dit Martine. « Je viens tous les samedis pour voir mes voisins et cela me permet d’être au courant de ce qui se passe dans le quartier. » A Ecobox, « beaucoup de personnes viennent et ne jardinent pas, ils veulent juste discuter » dit Jérôme, « c’est surtout une excuse pour avoir un verre avec d’autres gens.»

Les habitants y organisent également des repas, des soirées et des concerts. Dominique par exemple, donne des cours de tango gratuits : « Ecobox n’est pas seulement un simple jardin, même l’hiver nous sommes ici pour voir nos voisins. Je ne cultive pas beaucoup mais je viens souvent pour aider les autres et participer aux activités. »

Les jardins partagés aident également à réintégrer les personnes au chômage. L’association La Fayette prévoit de créer une serre dans le même quartier que le gymnase des Vignoles. Une personne qui vient souvent au jardin va être employée par l’association pour en être le coordinateur. Selon Françoise Spuhler, « les jardins aident les gens à avoir plus confiance en eux, ils aiment vraiment jardiner. Non seulement parce qu’ils ne s’ennuient pas, mais aussi parce qu’ils aiment être ensemble. »

Pourrait-on imaginer un Paris où tous les Parisiens seraient auto-suffisants et pourraient manger leurs propres récoltes ? Pour Françoise, il s’agit plus d’un problème de mentalité que d’un problème d’espace : « beaucoup de citadins pensent que c’est sale. Mais il est nécessaire de voir comment la terre nous nourrit. Nous devons porter un nouveau regard sur l’agriculture et empêcher la monopolisation par l’industrie agro-alimentaire. » Un « Paris vert » n’est pas impossible. Son avenir est entre les mains des Parisiens.

Photo de couverture: Jardin Ecobox. Photo/ Nadia Benchallal

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