Du théâtre pour l’or bleu en Palestine

Théâtre en Palestine

Lors de la Journée Internationale de l’eau le 22 mars 2013, le Freedom Bus, avec ses mimes et conteurs ambulants, ainsi que Jordan Vallee Solidarity, ont organisé une marche pour lutter contre les discriminations liées à l’eau dans la vallée du Jourdain.

Les trois comédiens exécutent la scène. L’oud joue un air enjoué. Deux jeunes femmes miment la découverte d’un puits rempli d’eau, un sourire modelé sur leurs traits. Puis elles repartent pour annoncer la nouvelle à leur village de Bédouins. L’oud change de registre. Un autre personnage arrive, marche par hasard dans le coin en répétant « Shalom, Shalom ». Il voit le puits, regarde autour de lui, et s’empare furtivement de l’eau pour la ramener chez lui. Là il prend une douche, sans omettre de se frotter les deux grandes bouclettes qui encadrent son visage. Le public est secoué d’éclats de rire par les gestes grotesques du personnage. Les deux femmes reviennent et découvre que la pierre s’écrase au fond du puits. Pas le moindre « ploc ».

Je suis en plein milieu de la vallée du Jourdain, à Al-Haddediya. Le soleil cogne fort dans cette région de Cisjordanie située en dessous du niveau de la mer. Je viens de marcher une demi-heure avec une centaine de Palestiniens et d’internationaux pour atteindre des cabanes qui font office d’habitations pour les Bédouins. Le paysage est splendide. L’herbe verte contraste avec les collines de pierres et de terre qui nous entourent. Le point « positif » de la présence israélienne, c’est que personne ne peut construire ici. Il n’y a rien, sauf ces petites cabanes. Rien ? J’ai oublié de mentionner la zone d’entraînement militaire et la colonie israélienne derrière nous, avec ces maisons qui ressemblent à des mobil-homes et des hectares de plantations qui envahissent l’espace.

L’eau, denrée précieuse

Le 22 mars est la Journée Internationale de l’eau, ou plutôt de l’accès à l’eau, problème que rencontrent les Palestiniens au quotidien. La colonie dos à nous récupère l’eau des nappes phréatiques et la revend aux Bédouins alors que ces terres leur appartiennent. Ils ne peuvent plus utiliser leur eau et il leur est interdit de construire des habitations en dur ni de cultiver sur leurs propres terres. Dans le cas contraire, tout sera brûlé et détruit. Leur seule source de revenus est le pâturage, mais cette activité est aussi menacée par les enlèvements de moutons et de chèvres et par l’arrestation de bergers par les soldats israéliens. Le chef de la communauté Bédouine est clair : « Nous resterons jusqu’à ce que l’on meurt. »

Le Freedom Bus s’est accaparé du problème en menant une tournée de « Résistance culturelle » dans toute la Cisjordanie. Branche mobile du Freedom Theatre (Théâtre de la Liberté), il se déplace de village en village pour interagir avec le public sur un sujet particulier. Pendant cette tournée, des musiciens et des comédiens improvise des scènes que certaines personnes de l’audience leur raconte. Que ce soit des scènes de la vie quotidienne ou des scènes plus violentes, l’art et l’humour deviennent des outils incontestables pour faire face à l’oppression.

Créer pour résister

Nous nous apprêtons à repartir lorsqu’une énorme tempête de sable déferle sur la vallée. Le ciel devient noir de poussière. Cela ne nous empêche pas de continuer notre chemin. La tempête se fait de plus en plus violente. Je couvre mes cheveux et mon visage pour empêcher la poussière de se fracasser contre mon visage. Je résiste. Je résiste comme ces Palestiniens face à un Goliath innommable impossible à mettre à terre. Je trouve comme eux une alternative pour le supporter et le défier. La tempête se calme au bout d’une heure, aussi soudainement qu’elle a commencé.

Devant une citerne jaune, Fidaa s’installe. Silhouette longiligne, voile sombre et pull coloré, elle est une hakawati, une conteuse. Accompagnée par un violoniste du groupe Toot Ard, elle commence à raconter un récit traditionnel sur l’eau. Je ne saisi pas tout ce qu’elle dit en arabe à part « Mayy ! Mayy ! » (Eau ! Eau !) mais rien que ses gestes expressifs et ses mimiques me font rire. Je comprends à quel point l’expression artistique et l’autodérision font partie intégrante de la vie des Palestiniens. Elles les aident à surmonter les violences quotidiennes et à lutter pour la justice et la liberté. C’est à se demander si la créativité ne naît pas au sein de l’oppression.

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