« Suicide Note From Palestine » : la Palestine veut mourir sur scène

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Au cœur du camp de Jénine est né le Freedom Theatre (« Le Théâtre de la Liberté »), dont le directeur Juliano s’est fait brutalement assassiné le 4 avril 2011. Deux ans plus tard, son théâtre lui rend hommage avec une pièce qui célèbre la nouvelle génération palestinienne.

Un camp de réfugiés palestiniens, ce sont des maisons qui s’emboîtent et qui se bâtissent vers le ciel. Ce sont des milliers d’habitants qui vivent sur un kilomètre carré. Des habitants qui gardent la clé de leur ancienne maison pour une seule chose : le retour.

Je pénètre la cour lumineuse du Freedom Theatre (le Théâtre de la Liberté), au cœur du camp de Jénine, où des personnes discutent sous un immense olivier. La camp de réfugiés de Jénine est un lieu qui a souffert et qui s’est replié sur lui-même après les deux Intifadas. En 2006, l’Israélienne Arna Mer Khamis et son fils Juliano ont fondé le Freedom Theatre, «générateur de résistance culturelle », pour offrir un espace d’expression aux jeunes et femmes du camp.

Est-ce un rêve ?

La salle de théâtre du Freedom Theatre est sombre et épurée. Une musique orientale passe, lente et suave. Sur les côtés de la scène, des télévisions empilées les une sur les autres. Au milieu, une sorte de paravent fait de bandes blanches projette une date : 1948. La pièce « Suicide Note From Palestine » commence. Les dates défilent les une après les autres sur le paravent : 1948, 1993, 2002, 2012, 2013, 2090 puis 2900,3000 … Des vidéos de journalistes télévisés et de bombes qui explosent sont projetées. Des médecins de l’ONU qui transportent un brancard apparaissent sur la scène et tente de réanimer la blessée. Amal voit son cœur s’arrêter puis elle est réanimée. Elle se retrouve dans un endroit étrange où elle est filmée par un personnage armé et tout habillé de cuir noir qui l’observe et la filme. Le visage d’Amal désespérée apparaît sur toutes les télévisions. Il est l’Armée. Elle est la Palestine.
D’autres personnages arrivent en trombe : le Monde Arabe, les Etats-Unis, avec un chapeau de cow-boy et une cape de Superman, et l’Europe. Tous entourent Israël, en fauteuil roulant. Ils demandent à la Palestine de faire un discours lors d’un meeting de l’ONU. Elle dit qu’elle triste et qu’il n’y a pas d’espoir pour elle. Elle décide alors de mourir.

Exorcisme du stress post-traumatique

Les acteurs nous transportent dans une performance visuelle et sonore qui explore le cauchemar d’une jeune fille, Amal, la nuit qui précède son examen d’histoire. Elle devient son propre pays et interagit avec ceux qui jouent un rôle important dans les décisions qui la touchent. Elle doit faire face à un Monde Arabe égocentrique et manipulateur, une Europe qui lui offre des fleurs mais qui ne fait rien et des États-Unis paternaliste et sensationnaliste.

« La pièce est une exploration de l’identité palestinienne et utilise la satire sociale pour présenter une image du traumatisme national des Palestiniens » est-il écrit dans la description. On y comprend le sens au fur et à mesure. Dans une scène, la Palestine écrit une lettre à la mer qu’elle ne peut pas voir. Dans un autre, elle subit les accords d’Oslo (1993) qui morcellent son territoire. Son visage est alors barbouillé d’étoiles de David et Israël peut enfin se lever de son fauteuil roulant.

Mais la Palestine résiste, d’abord par la violence, en piétinant Israël. Les États-Unis arrivent alors à la manière de Superman pour « sauver le monde » et l’accuse de terrorisme. Puis une nouvelle génération de jeunes Palestiniens naît, utilisant l’art et la créativité pour lutter contre l’oppression et exorciser ses peurs.

« Ils ne peuvent pas nous enlever notre liberté de penser »

L’actrice principale, Christina Hodali, a 24 ans. Elle fait partie de cette génération qui cherche un moyen d’exprimer son attachement à sa terre et à sa culture. Christina le fait à travers le théâtre. A la fin de la pièce, elle clame à travers la bouche de son personnage qui vient de sortir de son rêve : « En général, l’homme est très utile. Il peut voler et il peut tuer. Mais il a un défaut : il peut penser. »

Les lumières se rallument. Le metteur en scène, Nabil Al-Raee, commencent une discussion avec le public. Une personne demande pourquoi la Palestine est représentée par une femme. « A votre avis ? » demande Nabil. Un enfant lève la main et répond : « Parce qu’elle est faible. » Mohammed, qui vient d’assister à la pièce, s’insurge : « La Palestine est représentée par une femme car la femme est l’incarnation de la force et de la beauté. Et la Palestine est belle et forte. »

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Crédits photo: Freedom Theatre

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